Billet d'Humeur

C'est grave docteur?

-          Docteur, je sais que j’aurais dû venir vous voir il y a des mois mais vous savez ce que c’est, on se dit que ça ira toujours mieux demain, et puis on reporte, on reporte …

 

-          Oui, je comprends. Nos vies bien remplies nous font souvent oublier que le plus important est de prendre soin de soi. Que me vaut cette visite ?

 

-          Et bien voilà : depuis quelques mois j’ai tendance à toujours reporter au lendemain des actes importants que je pourrais tout aussi bien faire immédiatement ou planifier dans la journée. Mais une fois que je dois agir, je me débine et je me dis que je le ferai demain. Mais le lendemain, c’est le même topo. Et finalement, je me retrouve avec plein de choses importantes et urgentes à faire et très peu voire jamais de temps pour les accomplir. C’est grave docteur ?

 

-          Je reconnais tout à fait ces symptômes, ils sont assez courants en ce moment chez bon nombre de mes patients. Vous souffrez de procrastination.

 

-          Je vous demande pardon ?????

 

-          Vous êtes atteinte de procrastination. Mais donnez-moi des exemples concrets afin que je sois certain d’avoir bien diagnostiqué votre cas.

 

-          Cela se passe aussi bien au travail que dans ma vie privée.

 

-          Et comment cela arrive-t-il ?

 

-          Sur mon lieu de travail par exemple, j’ai des délais importants à respecter et des personnes de haut niveau à rencontrer afin de collaborer sur des dossiers ou de collecter des informations. Lorsque vient le moment de rencontrer ces personnes ou que le délai approche à grand pas, je n’ose pas, je me sens fatiguée et je me dis que je serai plus en forme pour les aborder le lendemain. Mais le lendemain, je me retrouve dans le même état et au final, le temps passe et je dois me dépêcher à la dernière minute pour consolider mon travail et fournir un dossier quelquefois bâclé parce que j’aurais pu m’y prendre plus tôt.

 

-          Et dans votre vie privée, comment cela se passe-t-il ?

 

-          J’ai l’impression que c’est encore pire !  J’ai de moins en moins de contacts avec mes amis parce que j’ai peur de les déranger, prendre le téléphone me demande un effort surhumain, quand on me contacte je ne décroche pas et je me dis que je rappellerai le lendemain. Avec mon mari, c’est pareil, j’aimerais tant lui dire combien il est important pour moi. Mais quand je me retrouve devant lui, j’analyse sa posture, son regard et je me dis que ce n’est pas le bon moment pour lui dire ce genre de choses et je reporte aussi à un meilleur moment… mais qui n’arrive jamais car je trouve toujours un prétexte pour ne pas agir.

 

-          Il n’y a plus aucun doute, vous êtes gravement atteinte. Si je puis me permettre, je vais vous établir un certificat pour une semaine afin que vous vous ressourciez et surtout que chaque minute, chaque heure, chaque jour vous vous posiez cette question lorsque l’envie de fuir certaines actions vous prend : « Et s’il n’y avait pas de demain ? ».



27/01/2011
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